La Beluga, la scintillante étincelle occitane !

La Beluga. Un trio. L’étincelle, en occitan. « Du choc jaillit l’étincelle » aiment à répéter les trois artistes. À les écouter, en plongeant dans leur univers, celle-ci se dévoile, éclairant ce nom qui les caractérise profondément. Pour le comprendre, il faut s’immiscer dans leur royaume, partir à leur rencontre de leur monde singulier…

De prime abord, leur projet semble ambitieux, si ce n’est fou. Faire se rencontrer des chants de femmes troubadours, des musiques anciennes, des musiques du monde et électroniques tient du pari. Et pourtant, la Beluga s’est offert l’audace de faire s’entremêler les mondes, convoquer les temps lointains et le présent, dans un maintenant où leur fusion semble aussi naturelle qu’évidente. Comme si ces chants n’attendaient que ce trio pour poursuivre leur route et continuer à se faire entendre auprès de nos oreilles du troisième millénaire…

 

Si la Beluga s’est d’abord constituée en duo, avec Céline Mistral et Fred Montels, elle a depuis quelques années grandi avec la musique électronique apportée par Franck Lepagnol. Depuis sa création, la Beluga met à l’honneur les chants de femmes troubadours, les trobairitz. Vieux de huit siècles, ces textes révèlent la puissance et l’insoumission de ces femmes, particularité occitane, qui faisaient sonner en mots leurs désirs, leurs revendications et leur soif de liberté. À l’heure où les questions sur l’égalité et les luttes féministes ne cessent d’être des débats quotidiens, ces textes, pourtant si éloignés de nous, trouvent ici un écho contemporain, les inscrivant dans notre présent le plus actuel.

La grande force de la Beluga est d’avoir offert à ces textes puissants un écrin musical à leur image, aussi intense qu’émouvant, capable d’épouser leur envergure et leur intensité propre. Là est toute l’étincelle qui les nomme. La Beluga est un point de rencontre entre les influences et les époques, entre les sons et les mots, une passerelle entre les mondes, une point de friction, un lieu où les matières, les couleurs et les sonorités se nourrissent entre elles…

Dans leur répertoire musical, Céline Mistral déploie toute l’étendue de ses possibilités vocales, de sa plus fine délicatesse sur L’Alba, jusqu’à sa puissance tempétueuse dans un hommage à Julienne Séguret, poétesse occitane. Sur Altas Ondas, dans un véritable chant des sirènes qui attirerait dans ses filets plus d’un Ulysse, sa voix retrouve sa force incantatoire. Dans chacun des morceaux du trio, la musique électronique de Franck Lepagnol fait éclore la vie contenue dans ces textes. Tout en équilibre, il distille les sons qui, comme des nappes souterraines, viennent percuter et saisir à bras le corps celui qui l’écoute. De temps à autre, sa voix, par le slam, se conjugue à celle de Céline Mistral, comme pour croiser encore davantage les genres et les influences. Parce que dans la Beluga, il ne s’agit pas seulement d’agréger. Loin de se contenter de superposer les différentes composantes de ce projet, elle tend à les fusionner, les faire évoluer sous un étendard commun, conjuguer leurs singularités propres dans un ensemble pluriel. Ces musiques électroniques viennent faire corps avec les nombreux instruments dont joue Fred Montels. Le multi-instrumentiste jongle tour à tour entre le bouzouki, le nyckelharpa, la cornemuse, ou encore le stylophone. Cette richesse instrumentale confère à la Beluga des univers sonores qui viennent nourrir chacun des morceaux. Sur Na Maria, l’artiste fait chanter son nyckelharpa dans un palpitant tourbillon. Course folle sur laquelle même notre respiration semble les accompagner… Sur plusieurs morceaux, sa voix accompagne celle de Céline Mistral, dans une sublime évidence. Sur Caritats, seul texte de leur répertoire écrit par un troubadour, Fred Montels pose sa voix, semblant presque venue d’un autre temps, sur une mélodie éloquente sur laquelle Céline laisse échapper quelques ondulations vocales. La voix de Fred Montels fait sonner quelque chose de profond, une matière vivante, profondément ancrée, touchant au viscéral. Cathédrale d’ondes se déversant en torrent…

Si la proposition artistique de la Beluga est si juste, c’est qu’elle a su trouver le subtil équilibre entre les talents et les individualités des trois artistes. Sur scène, chacun a défini son espace, le recomposant au fil des morceaux et des interactions avec l’autre. Parfois, leurs voix respectives se retrouvent sur un chœur que chacun alimente de son timbre particulier. Cet été, lors de leur concert sur la grande scène de l’Estivada à Rodez, les trois artistes ont donné à Altas Ondas l’une de ses plus puissantes versions, les trois ruisseaux de leurs voix se fondant en un fleuve immense…

Entre leurs morceaux se dessinent un monde tout en relief, un travail d’orfèvre dans lequel les mots et les sons tissent une toile chatoyante et raffinée. La Beluga est une tempête musicale au cœur puissant. Ses arabesques sonores sont autant de vagues en mouvement, au creux desquelles circulent une énergie singulière, acharnée, et terriblement vivante partagée par les trois artistes qui la défendent. Elle est de ces projets qui, loin de n’offrir qu’un répertoire musical, invite dans la danse les racines, les émotions et l’intimement profond de chacun d’entre nous. Elle est de celle qui, par son supplément d’âme, convoque l’instant présent et le transfigure. « Du choc jaillit l’étincelle ». Chez la Beluga, l’étincelle est devenue feu sacré.

 

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