Les belles ondes de Dayazell sur la scène de l’Olympia…

Mardi soir, si les grandes lettres rouges de l’Olympia annonçaient la venue de Wardruna pour un nouveau concert parisien, elles omettaient de préciser que Dayazell avait la primeur de la scène. Le quatuor toulousain, que nous avons rencontré à l’occasion des Médiévales de Provins, s’est offert le privilège de jouer sur la mythique scène parisienne, ajoutant son nom à la longue liste d’artistes ayant eu la chance d’y faire entendre leur musique.

Un public attentif a accueilli les quatre artistes. Dayazell jouait en terrain connu : après le Trabendo et la Cigale, c’était la troisième fois que le groupe était choisi par Garmonbozia pour ouvrir le bal du groupe norvégien. L’annonce de leur première partie avait d’ailleurs ravi plus d’un adepte de Wardruna sur les réseaux sociaux. Nul surprise, alors, à finalement découvrir une salle déjà bien remplie dès le début de ce premier concert…

D’entrée de jeu, Dayazell a surfé sur la vague nordique, en commençant par leur morceau suédois, Mitt Adertonde Ar. Si celui-ci commence tout en délicatesse, porté par la voix peu commune d’Isao, son intensité se fraye doucement un chemin à mesure que le tambour s’intensifie. La belle idée de leur setlist a été de combiner ce morceau avec Dynqyldaj, musique traditionnelle mongole. L’enchaînement entre les deux morceaux, pour n’en former plus qu’un, s’est fait tout en fluidité, comme si l’un et l’autre se devaient de finir par s’entrecroiser. Dans le second, toute la première partie est chantée par Nnay, dont la voix se pose sur le rythme, tour à tour saccadé puis voluptueux du nyckelharpa. Lorsque les chœurs graves, terrestres, de Guilhem et Yann ancrent leurs voix dans le morceau, le chant d’Isao s’échappe avec toute la spontanéité et le caractère profondément viscéral qui le distinguent. Là est toute la puissance de son art : il semble inné, dénué de toute raison, cheval fou s’élançant dans un galop que nul n’arrêtera jamais. Il existe, librement, tel qu’il souhaite s’exprimer à un instant donné. Il est instinctif, brut, et d’une puissance magnétique…

Dayazell a ensuite proposé l’un de ses nouveaux morceaux, Hov arek. Découvert à Provins, il a pris une toute nouvelle ampleur sur la scène de l’Olympia. De l’Arménie, le quatuor a poursuivi son voyage avec Ah Nice Bir Uyursun qui demeure, selon nous, l’un de leurs meilleurs morceaux, tant sa richesse semble inégalée. Si l’univers de Dayazell est une dentelle des plus fines, ce morceau soufi en est le plus bel exemple, tant chaque instrument s’entrecroise à l’autre avec raffinement et subtilité. La darbouka de Guilhem donne le rythme avec le son chaleureux qui la caractérise, le cistre de Yann fait sonner ses notes cristallines, pleines de lumières, les chœurs d’hommes dressent une toile de fond hypnotisante, tandis qu’Isao laisse flâner sa voix dans de douces arabesques. Le morceau atteint son apogée lorsque celle-ci s’élève, presque en râle, nous conviant tous à un moment d’une rare intensité.

Et comme toute première partie, la fin du voyage sonne toujours trop tôt… Pour finir, le quatuor a offert au public l’un de ses derniers morceaux, O Rubor Sanguinis d’Hildegarde de Bingen. Toute sa première partie a donné la part belle à la voix d’Isao, dans l’une des plus belles partitions vocales de leur répertoire. Le tambour, petit à petit, a pris de l’espace, a gagné du volume, jusqu’à rendre ce morceau totalement captivant. O Rubor Sanguinis est une porte ouverte, un aperçu terriblement prometteur des nouveaux territoires musicaux que Dayazell tend à explorer…

À l’issue du concert, face aux quatre artistes réunis, les applaudissements ont été nourris, bien plus que ceux d’une simple première partie pour laquelle le public se contente d’applaudir poliment dans l’impatience du concert suivant. L’idéal aurait été que leur son soit poussé un peu plus fort, pour envelopper encore davantage le public massé devant la scène. Une nouvelle fois, Dayazell a prouvé qu’ils avaient leur place sur ce type de scènes. Du concert en église à celui sous leur tente berbère, jusqu’à la scène monumentale de l’Olympia, les quatre artistes réussissent le pari de ne rien perdre de leur identité et de la profonde sincérité avec laquelle ils jouent. Devant dix, cinquante, ou trois mille personnes dans un concert sold-out, la générosité avec laquelle ils partagent leur musique aux oreilles attentives demeure la même. Peu importe le format, Dayazell continue de créer et d’interpréter une musique incarnée, conjuguant les talents de chacun dans un vaste ensemble où l’énergie n’en finit plus de circuler…

 

Photos : E.L.P-Photo (Elie Lahoud-Pinot Photography) 

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