“Reviens pour l’hiver” : la mélancolie selon Barbara Pravi

Il y a quelques années, Barbara Pravi occupait la scène du Comedia, à Paris, à travers son rôle de Solange au sein du spectacle musical Un Été 44. Par la suite, la jeune artiste s’est créé son monde, hissant les couleurs de ses propres mots. Sur la toile, ce sont ses réécritures de Kid d’Eddy de Pretto et de Notes pour trop tard d’Orelsan qui ont circulé de façon virale. Alors, après avoir également écrit pour les autres, Barbara Pravi revient sur le devant de la scène avec un nouvel EP, Reviens pour l’hiver, composé de cinq titres. Une déambulation mélancolique aux textes poétiques…

L’EP s’ouvre sur le titre éponyme, Reviens pour l’hiver, dont le clip a accompagné la sortie de ce nouvel opus. Ses rythmes pop et légèrement chaloupés en ont naturellement fait la figure de proue de cet EP, bien qu’à notre sens, il ne soit pas le morceau le plus original. Vient ensuite Barcelone. La douce mélancolie de l’univers de Barbara envahit tout l’espace. Sa voix susurre des mots auxquels elle donne le temps d’exister, comme pour nous permettre d’en prendre la mesure. À la fin, même la musique s’efface, laissant sa voix s’exprimer seule, dans un écho persistant…

Dans Personne d’autre que moi, Barbara Pravi met en lumière le thème de l’acceptation et de l’affirmation de soi, en faisant valser les mots autour de tout ce qui nous dissimulent aux yeux des autres. Barbara laisse à nouveau sa voix se poser sur ce texte, en déployant toute la musicalité qui lui est propre. Dans celui-ci, l’artiste retrouve un thème qui lui est cher, qui avait déjà considérablement influencé sa réécriture de Notes pour trop tard.

Pigalle, avant-dernier titre de l’EP, rend hommage au célèbre quartier parisien. En cherchant sa folie et son allure frivole, Barbara s’imagine dans le Pigalle des années folles. Ce quatrième titre apporte une touche plus légère et enjouée. On y retrouve le caractère malicieux, presque un peu espiègle, de la jeune artiste.

Ce nouvel opus se clôture par La Fête, sûrement l’un des titres les plus réussis de l’artiste. Barbara y distille toute la mélancolie, la douceur et l’amour qu’elle porte aux mots. Fidèle à elle-même, chacune de ses chansons est une histoire contée, dont le fil se déroule au gré de la musique. Dans La Fête, sur une mélodie pleine de musicalité, au son de la harpe, la jeune artiste donne vie à nos journées pluvieuses jusqu’à faire danser sous nos yeux une multitude de parapluie, qu’on imagine avec elle. Chez Barbara, les mots donnent vie à ce qu’ils racontent, se transfigurent jusqu’à devenir réels.

Depuis son premier EP sorti en juin 2018, Barbara Pravi et sa musique ont gagné en maturité. L’aspect pop, très affirmé dans son premier opus, s’est estompé pour garder l’essence même de son talent : ses mots et sa voix. Ces cinq titres, dans la lignée d’une chanson française de qualité, vont à l’essentiel, ne s’encombrent pas de superflu, ne portent ni masque ni manteau. Elle utilise sa matière brute et s’entourent des bons artistes pour faire exister ses mots en musique, en témoigne la très belle partition musicale de La Fête.

Fidèle à ses convictions et à elle-même, Barbara signe un EP où les textes en sont la colonne vertébrale, le cœur battant. L’important n’est pas que dans la forme, elle est surtout dans le fond. Reviens pour l’hiver est de ces EP qu’il faut prendre le temps d’écouter. Là où l’industrie musicale produit aujourd’hui tant de choses, immédiatement accessibles, souvent trop faciles, Barbara prend ici le contre pied, choisit le parti de ceux qui ont toujours cru en les mots et leur importance. Aujourd’hui, et comme depuis le début, Barbara confirme ses talents d’interprète, dans le plus beau sens que peut prendre ce terme. Par sa voix, la jeune artiste fait à nouveau exister les histoires que ses mots ont tissées. Avec ce nouvel EP, Barbara réussit le pari de conforter l’identité de son univers artistique, tout en s’éloignant de ses premières productions, partant à la conquête d’un monde qui lui propre, encore plus personnel, plus authentique, et donc, à l’écoute, infiniment plus touchant…

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