Polyphonik Wax : les polyphonies selon Greg Duveau

La semaine dernière, Polyphonik Wax sortait son premier album, sobrement intitulé Voices & Percussions. Sur le visuel, une mer en tempête chargée de vagues écumeuses, comme pour annoncer la puissance des éléments contenus dans cet album, prêts à se déverser en torrent auprès de celui qui lui accorde son écoute…

Avec les douze titres de cet album, Greg Duveau, seul capitaine à la barre de Polyphonik Wax, fait déferler à nos oreilles une succession de polyphonies puisées de part et d’autre du monde, le fruit d’une recherche sonore de dix ans. Si l’artiste, dans un premier temps, s’est d’abord intéressé aux polyphonies occitanes, il s’est peu à peu ouvert aux polyphonies corses, sardes, puis à celles des pays d’Europe de l’Est. Ses longues pérégrinations musicales nous emmènent, dans cet album, de l’Espagne à l’Ukraine, de l’Occitanie à la Serbie, en passant par la Macédoine… Un voyage tout en couleur et en mouvement, au rythme de la voix et des percussions.

Dans cet album, Greg Duveau a voulu que la polyrythmie réponde à la polyphonie, dans un aller-retour incessant, où chacune nourrit l’autre. Jota del vaquero, premier morceau de l’album, donne le ton en laissant la voix s’entremêler aux percussions espagnoles. El Labradorito et Rondadora, deux autres titres d’origine ibérique, font résonner les mêmes sonorités chaudes, avec leurs rythmes puissants.

Polyphonik Wax fait aussi la part belle aux polyphonies occitanes, qu’elles soient traditionnelles ou contemporaines. Avec Ent’on vas pastoroleta, Greg Duveau fait exploser à nos oreilles la puissance sublime d’une polyphonie a cappella, brute, dénuée d’artifice. Amor d’Aussau et La Plenta deu pastor sont de la même veine et sonnent elles aussi avec autant de justesse que de plénitude. Et parce que ces chants a cappella sont peu nombreux dans l’album, ils scintillent d’un tout autre éclat, faisant danser sur leurs arabesques vocales une émotion singulière.

Voices & Percussions explore également quelques polyphonies venues d’Europe de l’Est. Dans Dzona ide ni sluntseto, chant traditionnel bulgare, le morceau s’élance dans une polyphonie enjouée aux voix claires, avant de glisser doucement vers des nappes où celles-ci se posent, plus ancrées, donnant au chant une enveloppe hors du temps. Chant traditionnel serbe, Vrbice Vrbo Zelena fait se rencontrer les voix et les rythmes méditerranéens. En poussant le voyage musical jusqu’au didgeridoo, Greg Duveau donne au morceau une ambiance presque transe, dans laquelle les sonorités sont autant de strates qui se fondent les unes dans les autres. Le recours au didgeridoo donne tout autant de puissance à Zulushka, saisissant chant ukrainien auquel l’artiste redonne vie dans une atmosphère sonore tribale qui finit de nous convaincre que cet album regorge de découvertes à explorer.

En ces temps de confinement où l’horizon nous échappe, Voices & Percussions repousse les murs, ouvre les portes et offre à nos oreilles un voyage en liberté sur les routes passionnantes des polyphonies d’ici et d’ailleurs. Et si, pour des polyphonies, il peut sembler curieux pour certains de n’entendre qu’une seule voix, on retiendra surtout et avant tout la générosité et l’énergie puissante offerte sans concession par cette seule et unique voix, qui se démultiplie tout au long de l’album. Au fil de ces douze titres, celui qui voulait simplement « partager sa musique avec le monde entier » nous entraîne dans un périple, aussi émouvant que puissant, aussi délicat que tempétueux…

L’album Voices & Percussions de Polyphonik Wax est à écouter ici

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